Le Coup de Cœur Preppy 2 - Post-partum & reprise à cheval
Après avoir exploré la grossesse à cheval dans le premier épisode, Anaïs nous partage ici la suite de son histoire : le post-partum, le retour à l’écurie… et la façon dont la maternité a transformé sa relation au cheval et à sa pratique.
1. 👶 Après l’accouchement
Comment as-tu vécu la période post-partum en lien avec l’équitation ? Le manque du cheval était-il présent ?
Le post-partum est un moment très particulier, surtout pour une première grossesse. Tout est découverte. On rentre avec un nouveau-né dans la voiture sans mode d’emploi, en essayant de tout faire bien, comme il faut, comme on peut.
On s’angoisse beaucoup de retrouver son corps, qui vient d’accomplir un miracle, avec cette sensation de s’être fait rouler dessus par un semi-remorque en marche avant puis en marche arrière… mais auquel on a survécu quand même.
Les premiers temps, j’étais tellement dans ma bulle bébé que le cheval n’était pas ma priorité. J’étais fascinée par le cadeau que la vie venait de m’offrir et je ne voulais louper aucune seconde de ce qui se passait avec ma fille Rose.
Après le retour à la maison et la rencontre avec la famille, j’avais surtout envie de présenter mon bébé à Roméo, lui qui l’avait bercé pendant presque 8 mois… J’avais hâte de ce moment, de voir sa réaction, et aussi de le retrouver lui.
2. 🐴 La reprise
Au bout de combien de temps as-tu repris l’équitation ?
J’ai eu deux accouchements qui se sont super bien passés, j’ai donc pu commencer rapidement la rééducation du périnée avec la sage-femme. Après la naissance de Rose, je crois qu’au bout de 5-6 semaines j’étais de nouveau à cheval, et peut-être 15 jours après en concours.
Comment s’est passée cette reprise (physiquement et mentalement) ?
Pour ma première grossesse, j’étais impatiente de remonter. Je trépignais de pouvoir remettre mon pantalon et mes bottes, et d’aller faire une petite balade.
Je savais qu’il était important d’attendre le feu vert du corps médical pour éviter des complications plus tard.
Six semaines après mon accouchement, j’étais de nouveau en selle. J’étais très heureuse de retrouver mon cheval. Ça me faisait du bien de reprendre une activité physique et de me réapproprier mon corps, mais j’étais aussi partagée entre le sentiment “d’abandonner” mon bébé et celui d’aller m’occuper de mon cheval.
C’est un sentiment qui ne m’a plus jamais quittée : cette culpabilité de prendre du temps pour soi, son sport, son cheval, au “détriment” de sa famille.
L’équitation est un sport prenant, surtout en concours. Cela demande un engagement et une rigueur parfois difficiles à concilier avec un nouveau-né, par manque de temps mais aussi parfois par manque d’envie.
J’étais toujours passionnée et investie, mais mes priorités avaient clairement changé. Mes bébés avaient beaucoup plus besoin de moi que mon cheval. J’étais contente de retrouver notre bulle à deux, mais j’avais aussi hâte de rentrer retrouver mes enfants.
Pour ma seconde grossesse, après mon accouchement, Roméo a commencé à être très malade à cause de ses reins. Il avait été hospitalisé en urgence pendant deux semaines.
Je me souviens d’être allée le voir avec mon tout petit bébé dans les bras, en sachant que son état se dégradait. C’était terrible de comprendre qu’il ne s’en sortirait pas et que chaque jour était compté, tout en gardant le cap de ma vie de maman.
J’avais très peur que le chagrin de sa perte me coupe l’allaitement. Finalement, j’ai tenu. Je ne sais pas comment… Je crois sincèrement que l’instinct maternel nous relève de tout.
3. 🕰️ Organisation du quotidien
Comment t’es-tu organisée entre ton cheval et un enfant en bas âge ?
C’est la clé du succès : une bonne organisation.
Je suis allée monter un peu moins souvent, peut-être trois fois par semaine contre cinq avant l’accouchement. J’y allais tôt le matin pendant que tout le monde dormait encore, et mon conjoint s’occupait du bébé si besoin.
Mon cheval était dans une super écurie où il était très bien suivi même quand je n’étais pas là. C’est très important d’avoir confiance dans les personnes et l’endroit où il est, cela enlève beaucoup de charge mentale.
J’ai ensuite beaucoup réduit les concours. En réalité, je n’avais plus spécialement envie d’en faire. Et avec un bébé en bas âge, c’est une organisation énorme.
Même laissé entre de bonnes mains, il suffit de mettre le pied à l’étrier pour entendre son bébé pleurer… et la culpabilité revient immédiatement.
Je n’avais pas la tête à mon parcours ni à mon cheval, et je n’étais pas non plus avec mon bébé. C’était très inconfortable.
J’ai donc préféré arrêter les concours. C’était trop de stress pour finalement plus vraiment de plaisir. Je m’amusais tout autant dans la carrière à la maison.
4. 🧠 Évolution de la relation au cheval
Ta manière de vivre l’équitation a-t-elle changé depuis que tu es devenue mère ?
Ce n’est pas tant ma manière de vivre l’équitation qui a changé, mais mon rapport au temps.
Tout est devenu très “timé”. Plus de temps à perdre à papoter, chiller à l’écurie… il faut de l’efficacité. Quand je suis à l’écurie, je ne suis pas avec mes enfants.
J’ai arrêté de monter pendant deux ans après la perte de Roméo. Et quand j’ai repris, je savais que le cheval ne serait plus numéro un dans mes priorités. Et c’est normal.
Même si on pense que rien ne changera, en réalité tout change, sans qu’on s’en rende vraiment compte. Il faut accepter que son cheval, qu’on aime de tout son cœur, passe après ses enfants.
Ton rapport au risque ou à la performance a-t-il évolué ?
Oui, complètement. J’ai une angoisse permanente de mourir, pas forcément à cheval, mais dans la vie en général.
Avant, j’étais plutôt du genre à croquer la vie à pleines dents. Mais ma part d’insouciance a disparu avec la maternité et a été remplacée par cette peur de ne pas être là pour mes enfants.
À cheval, je prends beaucoup moins de risques qu’avant. Je ne me vois plus refaire des parcours à 1m35.
Aujourd’hui, je n’ai plus aucune ambition sportive. Je veux simplement me faire plaisir avec mon cheval et transmettre cette passion à mes enfants.
5. 🤍 Regard global
Qu’est-ce que cette expérience a changé dans ta vie de cavalière ? Quel équilibre as-tu trouvé ?
Devenir maman m’a changée sur beaucoup d’aspects. Avant, je vivais à 1000 à l’heure entre sport et travail.
Aujourd’hui, ma vie est organisée autour de mes enfants. Je fais tout pour eux et en fonction d’eux, en ajoutant deux métiers passionnants et toujours le cheval qui me fait vibrer.
Le cheval a une place beaucoup moins centrale. J’essaie de m’en détacher un peu, de moins m’imposer de rythme. Avant, je voulais monter tous les jours ou presque. Aujourd’hui, je pratique de façon plus légère.
J’ai trouvé un équilibre qui me convient. Je suis très heureuse et épanouie dans cette nouvelle vie de maman comme dans ma vie équestre.
Mon cheval m’offre toujours ce moment hors du temps, où je suis pleinement dans l’instant présent, que ce soit à cheval ou en travail à pied. Ces moments apportent une légèreté et un bien-être que seuls les chevaux savent donner.
Crédit photo : MK Photographie
Un immense merci à Anaïs pour ce témoignage sincère, puissant et sans filtre sur le post-partum, la maternité et l’évolution du lien au cheval.
La partie 1 “Grossesse et équitation” de cette interview est disponible juste ici !