Le Coup de Cœur Preppy 2 - Grossesse et équitation : peut-on continuer à monter enceinte ?
« Mon cheval, mes jambes… et mes bébés bercés par ses pas »
Pour ce Coup de Cœur du mois de mai, nous avons choisi d’aborder un sujet qui suscite encore beaucoup de questions, parfois des jugements, souvent des doutes : la grossesse en équitation.
Peut-on continuer à monter enceinte ?
Comment adapter sa pratique ?
Comment vivre sa passion sans culpabilité ?
Dans cette première partie, Anaïs-Cerise nous partage son expérience avec beaucoup de sincérité, d’émotion… et sans filtre.
Entre passion, instinct, confiance et liberté de choix, son témoignage résonnera sûrement chez beaucoup de cavalières.
Crédit photo : MK Photographie
🌸 « La grossesse n’est pas une maladie »
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Anaïs-Cerise, j’ai 37 ans et j’habite à Bordeaux.
Je suis à mi-temps cheffe de projet événementiel sur une activité annexe de Freejump System, et l’autre moitié de la semaine, je fais de l’événementiel floral à mon compte pour l’Atelier de Roméo.
J’ai deux enfants, Rose, 4 ans, et Henri, bientôt 3 ans, ainsi qu’une joyeuse tribu d’animaux qui met beaucoup de vie dans notre quotidien !
🐴 Une vie entourée de chevaux
Quel est ton parcours avec les chevaux ?
J’ai grandi dans une famille de cavaliers. Nous avons toujours eu des chevaux chez mon grand-père, puis chez mes parents, passionnés de chevaux andalous et de dressage.
J’ai commencé en poney-club avec ma sœur… sans grande passion au départ, il faut l’avouer ! J’étais très stressée, toujours la boule au ventre avant de monter.
Puis est arrivé Djungo, mon premier poney. Une grosse brute, totalement inadaptée à mon niveau de l’époque, mais avec qui j’ai énormément appris. Beaucoup de travail, beaucoup de larmes… mais aussi énormément de concours et de progression.
Ensuite il y a eu plusieurs chevaux, jusqu’à LA rencontre : Roméo. Le cheval d’une vie.
Très compliqué au départ, beaucoup de larmes encore (décidément !), mais grâce à lui, j’ai découvert une autre équitation : celle de la relation. En 11 ans ensemble, nous avons vécu mille choses incroyables : des Grands Prix 1m35, de la cordelette, de la liberté sur la plage, des concours jusqu’en Allemagne…
Ce cheval, c’était mes jambes.
Roméo est malheureusement décédé en 2023, juste après la naissance de mon deuxième enfant. Sa perte a laissé un vide immense. J’ai arrêté de monter pendant deux ans. Je pensais pouvoir vivre sans chevaux… mais on n’y renonce jamais vraiment.
Alors Atrevido est arrivé. Un jeune espagnol de 4 ans, complètement différent, mais qui répare beaucoup de choses.
🤰 Continuer à monter enceinte : une évidence
Avant d’être enceinte, t’étais-tu déjà posé la question ?
Oui, pour moi, c’était évident que je continuerais de monter.
Je ne me suis jamais dit que j’allais arrêter. La grossesse n’est pas une maladie, et je ne voyais pas pourquoi je devrais mettre de côté mon sport si je pouvais continuer en l’adaptant.
Bien sûr, je savais que l’équitation reste un sport à risque. Mais la passion était plus forte… et le besoin viscéral d’être à cheval aussi.
J’avais vu quelques cavalières continuer à monter, comme Alizée Froment ou encore Jessica von Bredow-Werndl, et cela m’avait confortée dans cette idée.
✨ « Mon corps, ma grossesse, mon choix »
Cette décision t’a-t-elle semblé naturelle ?
Très naturelle.
Tant que j’étais bien dans mon corps, bien à cheval, même si c’était juste pour 20 minutes de balade au pas, je ne voyais pas pourquoi je devais me priver d’un moment qui me faisait autant de bien.
Je ne voulais pas que les autres décident à ma place.
Aux yeux de beaucoup, j’étais “l’inconsciente”, la mauvaise mère, celle qui prenait des risques inutiles. Je peux l’entendre de l’extérieur, mais j’ai toujours eu l’habitude de ne pas me laisser dicter ma vie. Pour moi, c’était simple : mon corps, ma grossesse, mon choix.
Tant que le corps médical était d’accord, personne d’autre n’avait à décider pour moi.
Crédit photo : MK Photographie
👩⚕️ Le regard médical : rassurant et bienveillant
As-tu échangé avec des professionnels de santé ?
Bien sûr.
J’ai eu la chance d’avoir une super équipe médicale : médecin, sage-femme, gynécologue… tous m’ont soutenue dans mon envie de continuer à monter.
Ils me disaient que tant que je faisais attention, que j’étais bien et qu’il n’y avait pas de contre-indication médicale, je pouvais continuer.
C’était hyper rassurant.
C’est tellement important d’être entourée de professionnels en phase avec notre mode de vie. Ça change tout dans la façon de vivre sa grossesse.
🐎 Jusqu’à presque 8 mois de grossesse
Jusqu’à quand as-tu continué à monter ?
J’ai monté jusqu’à presque 8 mois de grossesse pour mes deux grossesses.
Quinze jours avant d’accoucher, j’étais encore à cheval !
J’ai arrêté uniquement parce que mon ventre devenait trop gênant et que je me sentais moins confortable en selle. Le centre de gravité change complètement, on est projetée en avant, on s’essouffle plus vite… À la fin, je montais parfois avec un tapis de monte à cru, j’étais mieux installée qu’en selle !
Je ne sautais plus à partir de 3 mois : je ne voulais pas prendre de risques inutiles. Sinon, je faisais surtout du plat, de la liberté, de la cordelette, des balades…
Clairement, on ne préparait pas les JO !
Zéro pression, uniquement du plaisir.
💛 « C’était mon moment »
Comment t’es-tu sentie physiquement et mentalement ?
J’étais super bien.
C’est d’ailleurs pour ça que j’ai pu monter si longtemps. Ça me faisait du bien, c’était mon moment, et je ne voulais le changer pour rien au monde.
C’est un sentiment étrange et magnifique de se dire qu’on est deux dans un seul corps à vivre cette sensation unique d’être à cheval.
Quand on est enceinte, tout est décuplé. Les émotions, les sensations, les moments de bonheur…Je suis persuadée que tout l’équilibre que j’ai eu pendant mes grossesses vient du fait de ne pas avoir ressenti de frustration. Quand les médecins parlent de l’ocytocine, l’hormone du bonheur… pour moi, c’était ça.
Mes deux bébés ont été bercés par les pas de mon Roméo. Je suis sûre qu’il leur a transmis un peu de ma passion.
🐴 « Mon cheval était devenu tout mou »
As-tu remarqué un changement chez ton cheval ?
Clairement.
Roméo avait naturellement un tempérament de feu. Et avec moi enceinte sur le dos… il était devenu tout mou.
Il galopait tout doucement, faisait très attention à moi. C’était très touchant. Alors que d’habitude, c’était un vrai dragon !
Même mon chien restait planté à l’entrée de la carrière pour me surveiller jusqu’à ce que je descende.
Comme si tout le monde savait.
Crédit photo : MK Photographie
📣 Lever le tabou
Quand j’ai posté des photos de moi enceinte à cheval sur les réseaux, j’avais peur des critiques.
Finalement, j’ai reçu énormément de messages de cavalières qui me remerciaient de montrer que monter enceinte n’était pas impossible. Le magazine Grand Prix avait même fait un article sur le sujet et j’étais fière de porter cette cause féminine.
J’avais tellement de peine pour les femmes qui se privaient de ce qui leur faisait le plus de bien, à cause du regard des autres. Celles qui repoussaient leur projet bébé pour ne pas arrêter de monter…
Je trouvais ça profondément injuste.
Crédit photo : MK Photographie
✨ Avec le recul
Referais-tu les choses de la même manière ?
Exactement pareil.
Je n’ai aucun regret.
Je suis infiniment reconnaissante envers mon équipe médicale, envers toutes les personnes bienveillantes qui m’ont entourée, et bien sûr envers Roméo. Il a été un partenaire incroyable dans l’un des moments les plus particuliers de la vie d’une femme.
💬 Le conseil d’Anaïs aux cavalières enceintes
La première chose : choisissez une équipe médicale qui respecte votre mode de vie et votre façon de vivre votre grossesse.
Votre corps vous appartient. Tant que médicalement tout va bien, faites ce qui vous fait du bien.
Le ressenti est essentiel. Chaque femme est différente, chaque cheval aussi. Vous vous connaissez mieux que personne.
Faites confiance à votre instinct.
Et si monter à cheval vous rend heureuse… faites-le.
N’écoutez ni votre belle-mère, ni votre voisine de box.
Écoutez-vous !
Profitez de votre grossesse, et de ces moments hors du temps 🤍
Crédit photo : MK Photographie
Un immense merci à Anaïs pour ce témoignage sincère et inspirant. Partager un moment aussi intime que la grossesse demande beaucoup de confiance, et nous sommes très touchés qu’elle ait accepté de le faire avec nous.
Son histoire avec Roméo, ses choix assumés et sa vision de la maternité seront, nous en sommes certains, une source d’inspiration pour beaucoup de cavalières. Et ce n’est que le début… ✨
Dans le prochain épisode, place au post-partum et au retour en selle 💛