Le coup de coeur Preppy 4 : Francis, l’histoire d’un réformé qui a changé une vie
On entend souvent parler des chevaux réformés des courses à travers les idées reçues qui les entourent. Pourtant, derrière chacun d’eux se cache une histoire, un passé… et parfois une incroyable seconde vie.
C’est celle de Francis que nous avons eu envie de vous raconter. Réformé des courses d’obstacles, il est entré dans la vie de Julie sans qu’elle imagine un seul instant à quel point il allait tout changer. Ensemble, ils ont appris à se faire confiance, à construire une relation solide et à repousser les préjugés, jusqu’à évoluer en concours complet.
À travers cette interview, Julie revient avec beaucoup de sincérité sur leur histoire, sur les défis de la reconversion d’un cheval de courses et sur tout ce que Francis lui a transmis. Une histoire qui, nous l’espérons, donnera envie de regarder les réformés autrement.

Crédit photo : Charlotte Laroche
🐴 Julie & Francis : une rencontre qui change une vie
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Julie Gandelheid. Mon parcours de vie n’a pas été linéaire. Il a été jalonné d’épreuves, de remises en question et de renaissances qui m’ont construite.
Aujourd’hui, je me sens pleinement ancrée dans le présent, auprès des personnes que j’aime. Je suis en couple depuis cinq ans et maman de deux merveilleux enfants : Marley, 11 ans, et Abigaëlle, 18 mois.
Professionnellement, j’ai imaginé Headox, une application qui permet aux patients sous oxygène de commander leurs bouteilles en un clic afin de simplifier leur quotidien et de leur offrir davantage d’autonomie.
Et puis, il y a les chevaux. Ils occupent une place immense dans ma vie.
Quel est ton parcours avec les chevaux ?
Ma passion pour les chevaux remonte à l’enfance. Petite, je les trouvais déjà magnifiques et je rêvais simplement de passer du temps avec eux.
Ma mère avait peu de moyens, mais elle a réussi à m’envoyer au collège de La Chapelle-en-Vercors, en section équitation, aux côtés de Guillaume Blache. C’est là que, comme on dit, Obélix est bel et bien tombé dans la marmite !
J’y ai découvert la compétition, mais surtout le concours complet, une discipline qui m’a immédiatement plu.
À cette époque, certaines camarades avaient la chance d’avoir leur propre cheval. Bien sûr, je les enviais parfois, mais cela n’a jamais entamé mon rêve. Au fond, j’ai toujours su qu’un jour, moi aussi, j’aurais cette chance.
Après le collège, je me suis éloignée du monde du cheval pendant près de dix-huit ans, pour des raisons personnelles.
C’est finalement mon fils qui m’y a ramenée. En l’accompagnant à un cours de baby-poney, j’ai repris goût à l’équitation : un cours particulier, puis deux, une demi-pension, puis le confiage d’un cheval dont le départ m’a profondément touchée.
Au même moment, je venais de lancer Headox. Je me suis alors dit que c’était le bon moment pour réaliser mon rêve d’enfant.
❤️ La rencontre avec Francis
Comment Francis est-il entré dans ta vie ?
Je n’avais pas de critères bien précis. J’ai essayé plusieurs chevaux de selle, mais ce sont les réformés des courses qui m’ont le plus touchée. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux se sont illustrés sur de prestigieux concours complets.
C’est ainsi que j’ai rencontré Feufrancis.
Quinze jours après nos deux premières rencontres, il rejoignait notre famille… sans que j’imagine une seule seconde à quel point il allait changer ma vie.
C’était en 2020.

Crédit photo : Charlotte Laroche
Pourquoi avoir choisi un réformé des courses ?
Ce n’était pas un hasard, mais un choix qui s’est imposé naturellement.
Ils m’ont touchée par leur histoire et par tout ce qu’ils avaient encore à offrir.
Même si j’étais novice concernant les chevaux réformés, j’avais tout le temps du monde pour construire une relation basée sur la confiance et offrir une nouvelle chance à un cheval.
Quel était le passé de Francis ?
Francis est né dans un élevage reconnu d’AQPS, dans la Nièvre.
Il a ensuite été entraîné par la famille Peltier, des passionnés de chevaux et de courses. Grâce à Camille Peltier, que j’ai connue par l’intermédiaire de Francis, j’ai pu découvrir son histoire et mieux comprendre sa vie d’avant.
Il a couru quatre courses, une sur le plat et trois en steeple, avant d’être réformé, car il n’était pas assez rapide.
Dans quel état était-il lorsque tu l’as rencontré ?
Francis venait tout juste d’être réformé.
Il n’avait pas encore commencé sa reconversion. Il était encore dans une période de transition : sa queue était toujours coupée pour les courses, il conservait une morphologie très athlétique et très osseuse… et il avait encore tout à découvrir.
🌱 Construire une nouvelle vie
Comment se sont passés vos premiers mois ensemble ?
Les premiers mois ont été difficiles, car nous étions en plein confinement.
Heureusement, grâce à mon métier, je pouvais continuer à aller le voir.
À cette époque, il semblait comme éteint, bien loin du cheval qu’il allait devenir.
J’ai rapidement compris qu’avant de vouloir lui apprendre une nouvelle discipline, il fallait d’abord prendre soin de lui physiquement pour qu’il puisse me porter confortablement.
J’ai alors constitué, progressivement, une véritable équipe autour de lui : vétérinaire, maréchal, ostéopathe, physiothérapeute, dentiste…
Des professionnels passionnés qui nous accompagnent encore aujourd’hui.
C’est grâce à ce travail d’équipe que Monsieur Francis a pu évoluer et révéler tout son potentiel.

Crédit photo : Charlotte Laroche
Quel a été le plus grand défi de sa reconversion ?
Le plus difficile a été de savoir à quel moment il était réellement prêt à passer à l’étape suivante.
Je ne voulais jamais aller trop vite.
J’avais du mal à voir sa transformation physique et, au début, j’avais presque peur de m’asseoir sur son dos, de peur de lui faire mal.
Alors j’ai pris mon temps : beaucoup de balades à pied, très peu de séances montées et énormément de moments consacrés aux soins… et à nous.
Votre relation s’est-elle construite rapidement ?
Notre relation s’est construite en même temps que sa transformation physique.
Avant de devenir un cheval de sport, Francis est d’abord devenu mon partenaire et mon compagnon de confiance.
Je l’ai aimé dès les premières secondes.
Je ne connaissais rien au monde des courses ni à celui de la reconversion, mais je savais qu’avec lui, grâce à l’amour et au respect que je lui portais, notre histoire serait belle.
Il n’y a pas vraiment eu de déclic.
Notre histoire s’est écrite progressivement, au fil des jours, des moments partagés et des étapes franchies ensemble. La confiance s’est installée doucement, jusqu’à créer ce lien si particulier qui dépasse la simple relation entre un cavalier et son cheval.
🏆 De cheval de course à cheval de concours complet
Comment Francis a-t-il découvert le concours complet ?
Francis est né pour être un cheval de courses d’obstacles. J’ai donc pensé qu’il aimerait peut-être le cross autant que moi.
Lorsqu’il a été prêt physiquement, je l’ai emmené chez des amis qui possèdent un Spring Garden afin de lui faire découvrir quelques obstacles fixes.
Il s’est montré très à l’aise, presque comme un maître d’école pour moi.

Raconte-nous vos plus beaux souvenirs en concours.
Mon Francis était un cheval unique à mes yeux…
En réalité, ce qui compte vraiment, ce sont toutes nos premières fois, toutes ces émotions que nous avons partagées ensemble.
Il est ce partenaire qui m’a poussée bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. J’avais arrêté l’équitation pendant de longues années, lui venait des courses… et pourtant, grâce à lui, je me suis retrouvée à prendre le départ d’épreuves que ni lui ni moi n’avions jamais imaginé faire un jour.
Je pense notamment à notre première 120, conclue par un sans-faute, ou encore à nos Amateur 2 en concours complet, qu’il a abordés avec une facilité incroyable.
Je ne saurai jamais jusqu’où il aurait pu nous emmener… Mais une chose est sûre : sur son dos, tout semblait possible. C’était comme de la magie.

As-tu ressenti des différences entre Francis et des chevaux élevés pour le sport ?
Je n’ai pas ressenti de différence majeure entre Francis et les chevaux élevés pour le sport, si ce n’est dans sa locomotion.
En revanche, j’ai parfois perçu une différence dans le regard des humains. Notamment en dressage, où nous avons souvent été jugés au minimum, en raison des allures plus étriquées de Francis par rapport à celles d’autres chevaux.
🤍 « Il a marqué ma vie comme personne avant lui »
Qu’est-ce qui rendait Francis si particulier à tes yeux ?
Ce qui rendait Francis si particulier, c’était la connexion unique que nous avons bâtie ensemble, jour après jour.
Nous nous comprenions, nous nous faisions confiance, et chaque étape franchie, chaque progrès, était le fruit de cette complicité, bien au-delà des standards ou des attentes extérieures.
Que retiendras-tu de votre histoire ?
Je retiens surtout la force de notre NOUS.
Ce lien qui nous a permis de surmonter les jugements, de construire nos rêves et de vivre ensemble des émotions ainsi que des défis que je n’aurais jamais imaginés.
Il a marqué ma vie comme personne ne l’avait fait avant lui.
Si Francis pouvait laisser un message aux cavaliers, quel serait-il ?
« Ne vous fiez pas seulement aux apparences. Chaque cheval a une histoire, un cœur et une force qui lui sont propres. Prenez le temps de découvrir qui ils sont et ce dont ils ont besoin pour former avec vous la plus incroyable des équipes. »
Crédit photo : Charlotte Laroche
🐎 Les chevaux réformés ont tant à offrir
Aujourd’hui, avec le recul, que dirais-tu à quelqu’un qui hésite à adopter un réformé des courses ?
Ces chevaux ont souvent une résilience et une sensibilité exceptionnelles.
Oui, il peut y avoir des remises en question, des défis, mais avec du temps, une bonne équipe de professionnels équins, de la patience et beaucoup d’amour, ils peuvent vous surprendre et vous offrir un lien unique, comme je l’ai vécu avec Francis.
Selon toi, quel est le plus grand préjugé sur ces chevaux ?
Je dirais qu’on les considère encore trop souvent comme des chevaux au passé incertain, moins prometteurs ou déjà marqués.
Alors qu’en réalité, avec de la confiance, ils peuvent pleinement se révéler et devenir des partenaires extraordinaires.
Que peuvent-ils apporter que l’on ne soupçonne pas forcément ?
En sortant des courses, alors qu’ils sont encore très jeunes, ils affichent déjà une maturité étonnante.
Ils cherchent avant tout une relation avec un humain qui saura les comprendre, les guider et leur offrir une nouvelle chance.
Ils possèdent une puissance physique extraordinaire, mais aussi une sensibilité rare. C’est cette combinaison qui les rend si particuliers.
🌈 L’après Francis
Comment as-tu vécu son départ ?
Francis est mort alors que ma fille n’avait pas encore quatre mois.
Le post-partum est déjà une période bouleversante. Ajouter son départ à tout cela a été une véritable torture.
D’un côté, l’immense bonheur d’accueillir notre bébé. De l’autre, ce deuil brutal qui me frappait chaque matin, en réalisant que je n’avais eu d’autre choix que de le libérer de sa souffrance, ce dimanche 13 avril 2025.
Ton nouveau cheval est entré dans ta vie par la suite. Était-ce important pour toi de tourner la page avec un cheval au parcours totalement différent ?
Je ne pense pas que j’avais besoin d’un cheval au parcours différent.
En revanche, je savais que je ne pouvais pas reprendre un réformé des courses. C’était une évidence, sans que je sache vraiment l’expliquer.
Puis il y a eu Jack.
J’ai croisé une photo de lui et j’ai ressenti quelque chose de très fort.
Cette rencontre m’a aussi permis de découvrir le monde du commerce des chevaux de sport et de comprendre qu’il ne faut mettre personne dans une case : ni les réformés, ni les chevaux élevés pour le sport.
Avec Jack, j’ai rencontré des difficultés comportementales, à pied comme sous la selle, que je n’avais jamais connues avec Francis.
Jack était valorisé sans avoir vu un dentiste, un ostéopathe, ni même subi l’intervention qui lui aurait permis de retirer les deux OCD qui le faisaient travailler chaque jour avec, comme je le dis souvent, « des cailloux dans ses chaussures ».
Cela m’a fait comprendre que, quel que soit le cheval, tout ce qu’il a vécu avant nous, la qualité de son éducation et les mains entre lesquelles il est passé laissent forcément une empreinte.
Quel regard portes-tu aujourd’hui sur votre histoire ?
Le regard que je porte sur notre histoire est avant tout rempli de gratitude.
Ce que j’ai vécu auprès de lui, je le souhaite à tous ceux qui aiment les chevaux, quelle que soit leur race.
Grâce à Francis, j’ai rencontré des professionnels extraordinaires qui sont devenus bien plus que des personnes l’ayant soigné ou accompagné (Francesca, Vincent, Bérangère, Charlotte, Lucie...). J’ai également vu des marques (Antarès, Hitair, Vlc Europe, Manika, Décathlon, Heicaheyfeeder, NAcca, Deniroboots) croire en notre couple et nous offrir une visibilité qui, je l’espère, a donné envie à beaucoup de personnes de s’intéresser autrement aux chevaux réformés des courses.
Je crois que Monsieur Francis n’a pas seulement touché mon cœur et celui de ma famille.
Il a touché celui de centaines de personnes qui ont suivi notre histoire au fil des années.
Je ne pourrai jamais vraiment le remercier pour tout ce qu’il m’a apporté.
Mais je crois que le plus bel héritage qu’il m’a laissé, c’est tout ce qu’il continue encore aujourd’hui à transmettre à travers son histoire.
Un immense merci à Julie ( @francis_marley_et_moi_ ) d’avoir accepté de nous ouvrir les portes de cette histoire si personnelle.
À travers Francis, elle nous rappelle qu’un cheval ne se résume jamais à son passé. Derrière chaque réformé se cache un partenaire capable d’offrir une relation extraordinaire à celui qui prendra le temps de le comprendre, de lui faire confiance… et de lui offrir une seconde chance.
Nous espérons que ce témoignage contribuera, à son tour, à faire évoluer le regard porté sur ces chevaux et à inspirer de belles histoires, comme celle de Julie et Francis. 🐴💙