« Même aveugle, la vie continue » : l’histoire inspirante de Tyffanie et Ulysse
Chez PreppySport, nous avons à cœur de mettre en lumière ce qui fait la beauté de notre sport : le lien unique entre un cavalier et son cheval.
C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui une nouvelle série : “Le Coup de Cœur Preppy”.
Chaque mois, nous partagerons une histoire inspirante, un parcours de vie, une relation hors du commun… pour valoriser le côté profondément humain (et équin) de l’équitation.
Et pour inaugurer cette série, quoi de mieux que de vous raconter l’histoire de Tyffanie et de son cheval Ulysse, alias “Gros Lulu” ?
Une histoire qui nous a profondément touchés, et qui, nous en sommes convaincus, sera pour beaucoup un véritable modèle de résilience, d’espoir… et de confiance. 🐴💛
« Une connexion depuis toujours »
Peux-tu te présenter ainsi que ton cheval en quelques mots ?
Cavalière passionnée depuis mes 3 ans, je suis propriétaire de Papy Bazile, 33 ans, et d’Ulysse, 15 ans.
Ulysse du Périer, alias Gros Lulu, est né en Isère chez ma tante le 15 juin 2011. Il m’a rejointe en mai 2014 dans le Vaucluse, où je l’ai débourré avant notre tout premier drama : une fracture du postérieur droit.
Nous avons ensuite fait du TREC, du CCE, puis du dressage, jusqu’en Amateur 1 B4. C’est un cheval froid, qui n’a peur de presque rien. Il est très joueur, têtu… et envahissant.


Une perte de vue progressive… et une épreuve difficile
Comment ton cheval a-t-il perdu la vue, et comment as-tu vécu cette période ?
Ça s’est fait en plusieurs étapes.
À Noël 2022, j’apprends lors d’une visite vétérinaire qu’Ulysse est atteint d’uvéite récidivante interne (non visible). Il avait déjà perdu son œil droit. On m’explique aussi que le gène de la robe léopard rend les Appaloosas plus fragiles au niveau oculaire, et que, de naissance, il ne voyait pas dans la pénombre.
Nous sommes allés en clinique ophtalmique où il a reçu des injections pour stabiliser les uvéites. Ensuite, il a porté un masque anti-UV 90 % H24 et des lunettes au travail.
En août 2024, sa pupille devient vert/bleu pastel : cataracte. Il ne distinguait déjà plus que le jour et la nuit depuis environ deux mois… sans que rien ne m’alerte dans son comportement.
En octobre 2024, il est opéré de la cataracte. C’était très stressant : chirurgie lourde, trois semaines à 450 km de chez moi. Mais l’opération a été un succès. Le voir redécouvrir son environnement… c’était magique.
Puis, à Noël 2024, tout bascule. Perte de vue brutale du jour au lendemain, inflammation très douloureuse. Nouvelle opération en urgence… sans réel succès.
Je l’ai vécu comme un échec. J’avais tout fait, tout respecté. Mais contre la génétique, on ne peut rien.
En 2025, il enchaîne les ulcères, la douleur devient trop importante. J’ai alors pris la décision de lui faire retirer les deux yeux. Aujourd’hui, je suis soulagée : il ne souffre plus, il est plus détendu.

« C’est donnant-donnant »
Qu’est-ce que cette épreuve a changé dans votre relation ?
Nous avons toujours eu une forte connexion. S’il a autant confiance en moi, c’est parce que j’ai confiance en lui. On se connaît par cœur.
Après la perte de vue, la reprise a été difficile. Deux mois de box, de frustration… il était explosif. J’étais moi-même rentrée dans un cercle vicieux : plus j’avais peur, moins il avait confiance.
Ma coach m’a vraiment aidée à réagir. J’ai lâché prise… et lui aussi.
Après l’énucléation, il a encore fallu environ deux mois d’adaptation : anxieux, émotif, peur des congénères et des bruits. Mais on savait que ça passerait. On a pris le temps.

Le matériel : s’adapter… puis revenir à l’essentiel
As-tu dû adapter ton matériel ou tes équipements ?
Avant l’énucléation, pour protéger ses yeux, il portait des lunettes eVysor eQuick 100 % anti-UV (noires ou transparentes selon la lumière), ainsi qu’un masque anti-UV 90 % avec arceau.
Depuis qu’il est énucléé des deux yeux, je n’utilise plus rien. J’ai même le plaisir de voir son toupet repousser.
Un retour en concours plein d’émotion
Comment s’est passé votre retour en concours ? 🏆
J’étais extrêmement stressée. Peur du regard des autres… et peur de ne pas pouvoir anticiper ses réactions.
La veille, il avait déjà compris qu’il se passait quelque chose. Aveugle, mais pas dupe, mon Gros Lu !
Le jour J, il monte dans le van sans hésiter. Sur place, aucun stress. À la détente, rênes longues, il est comme à la maison.
Au moment d’entrer en piste, il se tend un peu : il n’aime pas les humains statiques et silencieux. Mais une fois rassuré, on déroule.
J'ai peur de faire une erreur, qu'il touche la lice... la pression monte. Je suis ses yeux, et je vois double (oui, on cumule !).
Je n’ai pas très bien monté, j’étais crispée. J’attendais une réaction de sa part… qui n’est jamais venue.
À la fin, j’ai pleuré. J’étais tellement fière de lui. C’était la fin de deux ans de galère.


« Vous n’êtes pas seuls »
Quel message aimerais-tu transmettre ? 🥰
Vous n’êtes pas seuls. Il y a d’autres cavaliers dans cette situation.
Il faut être patient, s’adapter, essayer, échouer, recommencer… jusqu’à trouver ses propres codes.
Tous les chevaux ne peuvent pas être montés aveugles, et cela peut être dangereux. Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner.
Et surtout : en cas de problème ophtalmique, consultez un spécialiste rapidement.
Le quotidien avec un cheval aveugle
Aujourd’hui, à quoi ressemble votre quotidien ?
Finalement, comme beaucoup de cavaliers. Je fais juste attention à ce qu’il ne se cogne pas.
Beaucoup de pansage, de gratouilles (notamment au niveau des orbites, sa nouvelle zone préférée), des massages… et du harcèlement pour les friandises !
Il est monté 5 fois par semaine : stretching, dressage, trotting. Comme il bouge peu au pré, on fait beaucoup d’assouplissements.

Les équipements recommandés
Y a-t-il du matériel que tu recommanderais ?
Pour les chevaux qui ont encore leurs yeux :
- Un masque anti-UV 90 % (poussière, vent, lumière)
- Des lunettes de protection au travail (avec différentes teintes)
Petit détail : les lunettes se rayent vite, il faut bien les protéger.
👉 Lunettes disponibles sur PreppySport
👉 Masques disponibles sur PreppySport
« Finalement, ce que j’utilise le plus… c’est ma voix »
Zéro code entre nous. Beaucoup de blabla inutile…
Mais pour le rassurer, je lui parle avec une voix un peu cucul.
Et c’est magique comme ça fonctionne !

💛 Une histoire qui nous rappelle une chose essentielle : avec de la confiance, de la patience… et beaucoup d’amour, certaines limites n’en sont plus vraiment.
Un grand merci à Tyffanie pour ce partage.